Pour une société émancipatrice, ni prostitution, ni GPA

Tribune publiée par Terriennes: http://information.tv5monde.com/terriennes/debat-sur-la-prostitution-et-la-gpa-des-feministes-refusent-la-normalisation-79482

Faire du vagin et de l’utérus les moyens par lesquels passerait l’émancipation des femmes d’aujourd’hui serait une régression en termes de reconnaissance d’une égale dignité de toutes les personnes. L’égalité entre les femmes et les hommes passe par le respect de règles communes, qui protègent contre l’aliénation et l’exploitation des personnes et de leur corps.

Or, certain.e.s demandent à ce que la prostitution ou les mères porteuses soient reconnues comme des activités rémunératrices, représentant de véritables alternatives professionnelles pour les femmes. Ils/elles parlent de « travail du sexe », comme si la prostitution pouvait être assimilée à un travail comme un autre.

Des universitaires plaident pour la reconnaissance de ce « travail », présenté comme un choix, sans aucun égard pour la réalité de la prostitution pour les femmes et les autres personnes qui la vivent : des conditions sociales, familiales, économiques empruntes d’inégalités et de violence, une violence au quotidien, en commençant par l’imposition d’un acte sexuel sans désir. Si c’est un travail comme un autre, pourquoi est-ce si difficile d’en sortir, comme le montrent toutes celles qui ont pu le faire, et qui témoignent aujourd’hui ?

L’émancipation des femmes est défendue par les partisan.e.s comme par les opposant.e.s à la légalisation de la prostitution et des mères porteuses. Mais les partisan.e.s détournent cette émancipation en mettant en avant le seul critère du choix individuel de disposer librement de son corps. La position abolitionniste souhaite, au contraire, montrer la globalité des conditions (de vie, de choix, économiques, etc.) dans lesquelles un choix est fait, et, dans une perspective féministe et sociale, les nombreuses limites qui le déterminent.

Comme la prostitution, la pratique des mères porteuses est présentée avec une face positive et une face négative. La face négative étant celle où ce sont les besoins matériels qui amènent la femme à devenir mère porteuse. Alors que, selon la face positive, la femme le fait pour aider des personnes en souffrance: elle est donc auréolée de l’altruisme et de la générosité, stéréotypes maternels typiques, supposés être la motivation des femmes qui choisissent de porter un enfant dans le but de s’en séparer à la naissance (contre de l’argent, généralement).

A part ces motivations, réconfortantes pour les personnes qui se permettent de mettre le prix pour payer les « services reproductifs »  d’une femme, rien n’est dit, dans les débats publics, sur les conditions de vie et l’éducation des femmes qui se proposent comme « mères porteuses ». Là aussi, on préfère occulter délibérément la pauvreté de certaines, l’éducation à la soumission à l’homme, les inégalités de revenus et de statut social entre la femme et les commanditaires. On préfère ne jamais évoquer le fait que les femmes indiennes, ukrainiennes, mexicaines, népalaises (pour ne mentionner qu’elles) sont pour beaucoup soit analphabètes, soit non anglophones, alors que les contrats de « gestation pour autrui » qu’on leur fait signer sont, souvent, en anglais. Ni le fait qu’aux Etats-Unis, elles sont tenues par des contrats ultra-verrouillés fournis clés en mains par les business lawyers des agences – et que la jurisprudence américaine est de plus en plus défavorable aux mères de naissance, afin de les dissuader de dénoncer ces contrats après coup. Pour donner bonne conscience aux personnes souhaitant recourir à cette pratique, on évoque là aussi la possibilité de professionnalisation du « métier » de mère porteuse.

Cette activité, qui s’apparente à de l’esclavage reproductif encadré, concerne exclusivement les femmes. L’organiser politiquement, juridiquement, socialement, c’est partir du principe qu’il y a des femmes qui souhaitent être exploitées, et qu’il faut les y encourager. C’est surtout accepter un système qui profite des inégalités entre les femmes et les hommes, et ne cherche pas à les réduire.

Transformer en métiers les capacités reproductives des femmes et les actes sexuels qu’elles peuvent accomplir contre paiement procède du même mouvement : créer dans la société un gouffre définitif entre les femmes et les hommes, un gouffre dans lequel les femmes seraient de manière irrémédiable (car seules à posséder vagin et utérus) des objets, ou des êtres vivants disponibles pour une reproduction mercenaire, au service de quiconque peut les payer.

Le droit de disposer librement de leur corps a été gagné durement par les femmes, dans des sociétés patriarcales, qui leur en ont fait chèrement payer le prix. Ce droit suppose d’avoir la sexualité que l’on souhaite, de la gérer comme on l’entend, d’avoir ou de ne pas avoir des enfants, en ayant recours à la contraception, ainsi qu’à l’avortement si on le décide. Selon l’OMS, ce droit suppose de protéger sa santé sexuelle de toute contrainte, violence et discrimination. La contrainte économique n’échappe pas à cette demande.

La liberté des femmes de disposer de leur corps concerne toute la société, toutes les femmes ainsi que tous les hommes. Pour qu’elle s’accomplisse, il faut que les femmes ne soient pas soumises à des contraintes –  matérielles ou économiques, sociales, affectives, familiales ou autres encore – qui leur fassent croire que la prostitution ou la « gestation pour autrui » serait une alternative aux problèmes qu’elles rencontrent.

Le projet politique, qui est la base de la société, doit protéger les femmes de se trouver durablement dans des situations où la prostitution ou la maternité pour autrui leur apparaissent comme un recours. Ce projet doit viser l’égalité des droits et des chances entre les femmes et les hommes, et non pas l’organisation de l’exploitation et de la domination des femmes. Cela seul est un projet de société libérateur, pour les hommes comme pour les femmes, car il n’est de relation humaine possible que dans le respect absolu du corps d’autrui, corps sur lequel nul ne saurait avoir de droit, fût-ce par contrat.

Maya Surduts et Nora Tenenbaum, représentantes de la CADAC (Coordination des Associations pour le Droit à l’Avortement et à la Contraception), Ana-Luana Stoicea-Deram, membre du CoRP (Collectif pour le Respect de la Personne), Jocelyne Fildard, Marie-Josèphe Devillers, Catherine Morin-Le Sech, représentantes de la CLF (Coordination Lesbienne en France), Nelly Martin, représentante pour la Marche Mondiale des Femmes et Suzy Rojtman, du Collectif national pour les droits des femmes.

Le Conseil de l’Europe ne doit pas soutenir le marché des femmes et des enfants

Pour le rapport « Droits humains et questions éthiques liées à la gestation pour autrui », la Commission des affaires sociales de l’Assemblée parlementaire du Conseil de l’Europe, a nommée comme rapporteure la sénatrice belge Petra de Sutter. A cette occasion, en janvier 2015, la sénatrice a présenté devant la commission une déclaration de non conflit d’intérêts.

Le Code de conduite des membres de l’Assemblée parlementaire précise, au chapitre Règles, que :

  1. Les membres évitent tout conflit entre, d’une part, un intérêt économique, commercial, financier ou autre, réel ou potentiel, à titre professionnel, personnel ou familial et, d’autre part, l’intérêt public dans le travail de l’Assemblée, en résolvant tout conflit en faveur de l’intérêt public; tout conflit d’intérêts que le membre ne peut résoudre sera rendu public.
  2. Les membres signalent ces intérêts par une déclaration orale, lors d’une séance de l’Assemblée ou d’une réunion de commission, ainsi que dans toute autre communication pertinente.

 

 

En dehors de son activité politique, Madame De Sutter dirige le département de médecine de la reproduction à l’Hôpital universitaire de Gand. Elle accompagne des mères porteuses, en Belgique, comme l’attestent ses publications   et ses prises de position.

Les pouvoirs publics belges considèrent que la maternité de substitution pratiquée en Belgique est éthique, dans la mesure où elle ne donne pas lieu à une rémunération de la mère porteuse, et qu’il y a une sélection et des parents d’intention, et femmes se proposant comme mères porteuses.

 

Mais Madame de Sutter travaille aussi avec la clinique indienne Seeds of innocence, où la maternité de substitution est parfaitement commerciale, ce qu’elle explique sur son site :

“Indian clinics are becoming more competitive, not just in the pricing, but in the hiring and retention of Indian females as surrogates under legal arrangements. Commercial surrogacy is permitted in India and this has increased the international confidence in going in for surrogacy in India.”

Comme garantie de la qualité de ses services pour les clients internationaux, la clinique met en avant la collaboration avec Madame De Sutter et le département qu’elle dirige.

  • What makes Seeds of innocence unique from other fertility clinics is its collaboration with the department of reproductive medicine of the University Hospital of Ghent, Belgium, represented by Prof. Dr. Petra De Sutter. This clinical collaboration is one of its kinds in referring and discussing cases, helping in clinical trials, exchanging academic expertise and in setting up quality management for exemplary services.

 

La gynécologue s’est exprimée dans la presse, en montrant les bienfaits de cette collaboration avec la clinique indienne, à travers un Memorandum of understanding. C’était en 2015, c’est-à-dire pendant la période où, en tant que sénatrice et membre de l’Assemblée parlementaire du Conseil de l’Europe, elle portait aussi le rapport sur « les questions éthiques liées à la GPA ».

 

La clinique indienne avec laquelle collabore Madame de Sutter garantit à ses clients que les mères porteuses ne figurent pas sur l’acte de naissance de l’enfant, et qu’elles rendent l’enfant à la naissance. On est bien loin des soucis éthiques belges.

 

En novembre 2015, la Commission des affaires sociales a reporté l’analyse de son rapport, en adressant à la présidente de l’Assemblée parlementaire la question de savoir comment agir en cas d’éventuel conflit d’intérêt d’un.e rapporteur.e.

 

Mercredi 27 janvier 2016, les membres de la Commission ont voté et, par 21 voix pour et 17 contre, Madame De Sutter est confirmée comme rapporteure de ce rapport.

 

Que l’éthique de Madame de Sutter l’encourage à soutenir les cliniques indiennes où les femmes sont embauchées à des prix compétitifs (pour les client.e.s), pour mettre au monde des enfants dont on s’assure par contrat qu’elles vont se séparer à la naissance, cela la concerne.

 

Que les membres de la Commission des affaires sociales, que l’Assemblée parlementaire du Conseil de l’Europe, que le Conseil de l’Europe maintiennent comme rapporteure d’un rapport qui concerne des questions éthiques une personne qui soutient et participe au commerce des corps des femmes et des enfants, c’est très grave. C’est inadmissible.

Assises: clôture des inscriptions

Un immense merci à toutes et à tous de vous être inscrits en nombre.

Les inscriptions sont désormais closes, tant pour une raison de sécurité que de taille de la salle (300 places).

Nous vous recommandons d’arriver avec 40 mn d’avance en raison des contrôles de sécurité et de vous munir d’un passeport ou d’une pièce d’identité (le permis de conduire ne suffit pas).

Thank you for your numerous registrations. For security reasons, the registrations are now closed. Don’t forget your identity card or passport and please arrive 40 mn before the beginning of the Conference.

50/50, partenaire des Assises du 2 février 2016

50/50, le magazine de l’égalité femmes-hommes, partenaire des Assises pour l’Abolition de la maternité de substitution (GPA), publie les interviews de Sylviane Agacinski et Laurence Dumont, 1ère vice-présidente de l’Assemblée Nationale!

Toutes les infos et les interviews video: http://www.50-50magazine.fr/2016/01/18/gpa-des-assises-contre-la-marchandisation-du-corps/

Kajsa Ekis Ekman, writer, feminist and activist, invited speaker

befem_surrogacy2_web.jpgA drawing by Helena Janecic (more drawings here): « Altruistic surrogacy is called a win-win situation. In reality it means: the couple wins double: they get to keep their money and the child, the mother is left with nothing except altruism ».

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